Souvenirs d'Argentine

Te quiero, Argentina


Album de photos

Cavalcade sur la place San Martin
à Córdoba

 

En préparant ce voyage en Argentine, j'avais décidé de laisser de coté les destinations les plus scintillantes du tourisme dans ce pays, telles que les chutes d'Iguazu, Mar del Plata, Bariloche, le glacier Perito Moreno, Ushuaia, etc., qui fascinent la plupart des visiteurs étrangers. Il me paraissait plus intéressant de découvrir des endroits où je serai amené à fréquenter plutôt des Argentins que des Américains ou des Européens. D'où le choix de Córdoba, la seconde ville du pays en nombre d'habitants et en importance économique, qui n'est pas à proprement parler une ville touristique.

La durée du vol depuis l'Aeoroparque de Bs As est d'environ une heure pendant laquelle la pampa déroule son immensité plate, encore plus plate vue d'en haut. L'aérogare de Córdoba est étriquée et désuète, j'ai à peine à croire que nous débarquons dans une capitale provinciale de 1,3 millions d'habitants.

J'aurais mauvaise grâce à donner un jugement définitif sur une ville où nous n'avons passé que quatre jours. Dans un aparthotel, ce qui nous permet de découvrir la difficulté de nous ravitailler en légumes pour le repas du soir. Nous commençons par chercher des "legumbres" dans une boutique naturiste, au grand étonnement de la vendeuse, car des graines de toutes sortes s'étalent sous nos yeux. Il nous faut en réalité des "verduras", mais les "verdulerías" sont rarissimes, au moins dans le quartier où nous résidons. Il ne nous reste donc qu'à nous rabattre sur le rayon fruits et légumes, en général triste, des supermarchés. Ce n'est que le dernier jour que nous découvrirons un vrai marché, le Mercado Sur, enfin, un marché avec deux verdulerías ! A l'évidence, il n'est pas facile d'être à moitié végétarien en Argentine. A moitié, car nous ne mangeons des protéines animales qu'une fois par jour.

Le Cordoba ancien est contenu dans quelques cuadras du centre, autour de la Plaza San Martin, qui est une vaste et belle place consacrée au plus grand héros national, le général José de San Martin, qui porte le même surnom que Simón Bolívar : El Libertador. Lors de ma première visite en Argentine, j'avais été intrigué par la présence d'une avenue Boulogne-sur-Mer à Mendoza. La clé de cette énigme est que San Martin est mort dans cette ville française en août 1850.

Un vendredi matin, passant par la place San Martin, je suis surpris de voir quelques dizaines de chevaux stationnés avec leurs cavaliers devant la cathédrale. Sur les enseignes en cuir ouvragé, je peux lire : 10ª cabalgata Brocheriana. Je trouverai l'explication dans le quotidien "La Mañana" du même jour : "La cavalcade est partie de Córdoba à destination de Villa Cura Brochero. Aujourd'hui à 14 h environ, les cavaliers seront reçus à Malagueño, où on leur servira une collation, on les logera et le soir, à partir de 20 h 30, on réalisera une "peña" (soirée populaire) en hommage au gaucho brochérien. Ils passeront la nuit en ville et partiront le samedi 18, après le petit déjeuner. De là, ils chevaucheront pendant trois jours à travers les montagnes jusqu'à leur destination." (traduit par mes soins)

Sans le vouloir, me voici enfin face à de vrais gauchos, que je n'avais pas rencontrés dans la Mecque gauchesque de San Antonio de Areco. De ceux qui vont faire près de trois cents kilomètres à cheval (pas comme certains, qui traînent le leur dans la remorque du 4 x 4), avec un bon service d'intendance et même un portable, sans éperons ou ceinturon en argent comme les gauchos de salon, mais avec un cheval robuste plutôt qu'élégant. Nos deux derniers cavaliers se trouvent devant l'ancien Cabildo (mairie), qui abrite aujourd'hui un centre culturel.

Avant de passer à autre chose, deux mots sur José Gabriel de Rosario Brochero (1840-1914), le curé gaucho, qui est le motif du pélerinage et en l'honneur duquel on a débaptisé Villa El Tránsito en Villa Cura Brochero. Curé évangélisateur et constructeur de chemins, de routes, d'églises, d'écoles, d'une maison d'exercices spirituels pour 900 personnes qui fonctionne encore aujourd'hui et même d'une voie de chemin de fer, il parcourt à dos de mule une paroisse de 144.000 km2 (plus de 6,5 fois l'Etat d'Israël), pendant 45 ans. Son procès en béatification traîne depuis 1974, le médiatique et envahissant Karol Wojtyla va le doubler, mais les Monsignore du Vatican n'ont probablement que faire d'un saint aussi peu reluisant, qui disait volontiers :«Dios es como los piojos: está en la cabeza de todos, pero sobre todo de los pobres». (Dieu est comme les poux : il est dans la tête de tout le monde, mais surtout dans celles des pauvres).

Gauchos devant la Cathédrale Gauchos avec enseignes Gauchos à la cape rouge Gauchos face à la place San Martin
Gaucho avec portable Gaucho devant le Cabildo Plaque du Cabildo

le 16 juin 2006


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