Souvenirs d'Argentine
Te quiero, Argentina
|
Le point de départ de notre excursion à la Quebrada de Humahuaca, patrimoine culturel de l'humanité, est la ville de Salta. Si je ne mourais pas d'envie de connaître Buenos Aires, cela fait près de vingt ans que j'attends de découvrir Salta. Pour une raison triviale : les salteñas que j'ai dégustées à plusieurs reprises à Cochabamba (Bolivie), lesquelles sont inscrites dans le livre de mes souvenirs gastronomiques d'exception. Il s'agit d'une espèce d'empanada (rissole), servie chaude, à la viande (ou au poulet), mais au lieu d'être sèche, celle-ci vient dans son jus, qui se répand dans la bouche quand on la croque et se mélange à la pâte croustillante. La recette n'a rien de diététique, puisqu'elle comprend du saindoux, mais à cette époque, cela ne me préoccupait pas encore. Le lien avec Salta ? Il remonte assez loin dans le temps, quand une señora salteña en vendait pour gagner sa vie en exil. Bien que je n'aie pas mené une enquête approfondie sur les empanadas de Salta, je n'ai retrouvé ni la consistance ni la saveur des salteñas cochabambinas, même dans les maisons recommandées par le guide. Salta est une grande ville moyenne, proche du demi million d'habitants, capitale de la province du même nom, dans le NOA (noroeste argentino), curieux acronyme utilisé pour se distinguer du reste de l'Argentine. Mais en vérité, l'air qu'on y respire est différent, peut-être à cause de l'altitude ou des 1600 km qui la sépare de Buenos Aires, mais surtout de la proximité de la Bolivie et de la similitude entre la puna salteña et l'altiplano andin. En outre, Salta est une ville multiculturelle et multiraciale, qui me rappelle l'Equateur, et pour cette raison, je suppose, je m'y suis senti comme chez moi, mais aussi grâce à la tranquillité et à la gentillesse de ses habitants. C'est pourtant une ville touristique, puisqu'on y trouve deux attractions à rajouter à la liste de ce que j'ai appelé les "destinations scintillantes" de l'Argentine : le train des nuages (en réparation lors de notre passage) et la Quebrada de Humahuaca. Nous nous retrouvons à nouveau dans un minibus de touristes, tous argentins, pour une excursion de 14 heures et 520 km. Cela me paraît beaucoup et, effectivement, il nous aurait fallu trois jours pour apprécier à leur juste valeur les richesses de cette excursion. Pour rejoindre la Quebrada de Humahuaca, on commence par un parcours de 80 km jusqu'à San Salvador de Jujuy. La route RN9, qui vient d'être entièrement goudronnée, monte doucement et l'on passe en 140 km de 1240 à 3000 mètres d'altitude. La première halte s'effectue à Purmamarca, un village pittoresque et très touristique en raison de la proximité de collines colorées : la bleue, la violette, les sept couleurs. Une autre curiosité est un "algarrobo" (à ne pas traduire par caroubier, un arbre méditerranéen) qui aurait mille ans et qui est fort beau, même s'il ne les avait pas. Contrairement à ce qui s'est passé en Equateur, les maisons d'adobe ont été conservées et les constructions nouvelles continuent à être édifiées avec cette technique, y compris le toit, comme on peut s'en rendre compte sur cette photo du Cabildo (en arrière-plan, la colline violette). Comme nous sommes partis très tôt de Salta, il n'y a pas encore beaucoup de monde autour des stands d'objets et de tissus artisanaux, importés pour la plupart de Bolivie, et, malheureusement, de qualité médiocre. Nous repartons pour Tilcara visiter le Musée archéologique. Et à la sortie du village, nous sommes arrêtés par un barrage de "piqueteros". Un véhicule de police est garé à proximité, mais les policiers se contentent d'observer. Nous avions passé ce matin, à l'entrée de Jujuy, devant un campement des mêmes, mais à cette heure matinale, ils devaient être en train de prendre leur petit déjeuner. Mon séjour en Argentine a été trop court pour bien interpréter ce phénomène sur lequel je n'ai entendu personne s'exprimer clairement et objectivement. Ce que j'ai cru comprendre, c'est que ce mouvement étant proche des péronistes au pouvoir, le gouvernement a donné pour consigne aux autorités provinciales, locales et policières de ne pas utiliser la force pour faire respecter le droit à la libre circulation. Au bout d'une heure, le barrage est ouvert pour laisser passer la queue de véhicules, puis refermé, sans que les intéressés n'aient tenté de nous communiquer leurs revendications. Les collines colorées défilent le long de la route sans que nous ayons le temps d'une pause photo. Heureusement, le minibus roule à une allure raisonnable permettant d'apprécier le paysage. Nous arrivons avec retard à notre étape suivante, le village de Humahuaca, qui compte environ 3000 habitants, en grande majorité indigènes. Notre chauffeur-guide fait monter l'un d'entre eux qui va nous piloter, une fois le minibus garé près de la place principale. Il nous emmène d'abord dans un restaurant quelconque où quelques musiciens peu doués jouent des airs andins rabâchés. Proposition plus intéressante, il s'offre à nous procurer des feuilles de coca, dont la vente au détail est autorisée dans cette région. Dans une autre excursion, nous verrons au bord de la route de nombreuses "tiendas" avec des écriteaux "Coca - Bica", car les mâcheurs de feuilles les consomment avec un peu de bicarbonate. A la sortie du restaurant, les touristes sont assiégés par des enfants qui tentent de gagner quelques sous en récitant une poésie. C'est plaisant la première fois, puis devant la multiplication de l'offre, cela devient fastidieux. Certains se contentent du reste de demander une pièce. Puis notre guide local nous emmène dans un magasin de souvenirs d'un niveau meilleur que ce que nous avons vu jusque-là pour un "cours" sur le tissage des différentes laines : llama, alpaca, mouton. Sans grand succès, car personne de notre groupe n'achète quelque chose. Il est certain que sans le tourisme les habitants de Humahuaca seraient plongés dans la misère, mais l'effet délétère qu'il exerce sur une communauté réduite comme celle-là donne un arrière-goût de malaise à cette visite. Plutôt que de suivre le mouvement, nous préférons nous rapprocher du monument de l'Indépendance. Je suis le seul à escalader les centaines de marches qui y mènent. Comment souvent en Argentine, le monument est un empilement, en général pesant, de bas-reliefs symboliques ou historiques, en pierre ou en métal, couronné celui-là, par la statue d'un "chasqui", un courrier inca comme il y en avait des milliers sur les chemins de l'empire. La présence de cactus géants, communs dans la vallée, lui donne une touche originale. A côté du monument subsiste le clocher d'une ancienne église en adobe, démolie pour faire place au monument et accompagné, lui aussi, d'un cactus. La vue sur la vallée est magnifique. Il n'y a personne autour de moi et j'oublie que je fais partie d'un groupe. Le guide local a tôt fait de retrouver Lunita au pied de l'escalier et nous rejoignons le minibus à grandes enjambées. Les seuls membres du groupe qui arrivent en retard sont des Suisses, il y a trop longtemps que je vis en Amérique latine ! Nous retournons en direction de Salta par la même route. Mais comme le soleil a changé de côté, les jeux de la lumière sur les collines colorées sont différents. Bref arrêt à Urquía, un petit village, envahi à cette heure par les touristes pour visiter une jolie église du XVIIe siècle, qui abrite neuf peintures d'anges guerriers, non photographiables en raison de l'interdiction du flash. A l'entrée de Tilcara, nous retrouvons les piqueteros, mais heureusement, ils nous laissent passer au bout d'une demi-heure seulement, on leur en serait presque reconnaissant. Destination, le pucará, un village fortifié pré-incaïque d'où la vue est extraordinaire. D'abord sur le rio Grande de Jujuy qui passe au pied, et sur le cirque de montagnes. Le village a été en partie reconstitué, mais cela ne donne pas une image vivante de ce qu'était la vie de ses habitants, même après la visite du Musée, par contraste avec la ferme (?) qui se trouve en contre-bas, entièrement construite en adobe. Nouvel arrêt à Maimará, au bord de la route pour admirer les deux dernières curiosités de la journée : la "palette du peintre" constituée par un assortiment de teintes au pied de la montagne, au premier plan de laquelle se trouve un cimetière indigène. Avant d'attaquer le retour à Salta, nous nous arrêtons sur la place centrale de Jujuy, où j'ai un instant d'hallucination : le Palacio de Gobierno provincial est la copie conforme de la préfecture d'un département français, je ne me hasarderais pas à préciser lequel. Il est temps de retourner à l'hôtel manger un morceau, avec une bouteille de Torrontés de la Bodega Etchart de Cafayate, dont les vignes se situent à 1700 m d'altitude, car la province de Mendoza n'est pas la seule en Argentine à produire du bon vin. Et se mettre au lit... P.S.: Si vous avez besoin d'un guide privé, je vous recommande Carlos Alberto Gimenez (Portable : 154 42 82 38 Fixe : 439 04 69), j'ai envie de dire très "vieille France" même si cela n'est pas vraiment approprié, c'est-à-dire distingué, cultivé, courtois et, bien sûr, connaissant sa région qu'il parcourt au volant de sa Peugeot.
30 juin 2006 |