Souvenirs d'Argentine
Te quiero, Argentina
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Les voilà tous trois, sur un balcon de La Boca. Bien sûr, ce ne sont plus que des effigies en carton-pâte, à part le dernier nommé que l'on peut voir sur le petit écran, en tant qu'animateur de shows télévisés, à défaut des terrains de foot. Trois personnages devenus des mythes de leur vivant, non seulement en Argentine, mais dans le monde entier, comme si ce pays ou cette ville avait un talent particulier pour en créer. Ce matin-là, je ne suis pas en forme, c'est le premier jour d'un rhume carabiné, transmis par Carlos, notre chauffeur-guide, qui nous accompagne aussi aujourd'hui. Comme il nous a un peu pressés pour que nous arrivions avant les cars de touristes, nous sommes quasiment les premiers et, à peine avons-nous mis pied à terre que plusieurs personnages nous abordent ou nous font des signes de loin. Cet accueil trop empressé et commercial accentue ma mauvaise humeur et je me demande bien pourquoi cet endroit a lui aussi une réputation mondiale. En fait, il me rappelle une autre attraction touristique du même genre, la place du Tertre à Montmartre, et il a dû être lui aussi un haut lieu de la bohême il y a... une centaine d'années. Aujourd'hui, tout tourne autour de sa majesté le touriste, et pour commencer le tango. Quelques couples de tangueros sont déjà sur place avec leur équipement stéréo et vous pouvez vous faire photographier dans des poses suggestives, avec le partenaire du sexe opposé qui convient (dans ce cas, l'homme), moyennant une poignée de dollars. Ensuite, tous les commerces sont dédiés à l'artisanat et aux souvenirs d'Argentine et ceux qui sont les plus proches du célèbre Caminito portent son nom. Cette enseigne est une copie ou une imitation de la peinture au filet (fileteado ou fileteo), un art populaire traditionnel de Buenos Aires, dont Martiniano Arce est le représentant le plus connu en ce moment. Ajoutez-y "tango", et vous êtes sûr de toucher le coeur de la cible. Devant cet autre magasin, Gardel encore, avec une partenaire du cru. En payant trois pesos ou un dollar, vous avez le droit de vous faire photographier en leur compagnie. Le Caminito lui-même est décevant. Comme la place du Tertre, il est surtout occupé par ses peintres et dessinateurs, il ne manque que les caricaturistes. Bien sûr, il est fidèle à son image, reproduite sous toutes sortes de formes à des millions d'exemplaires, mais ce n'est qu'un décor. Le jeu de couleurs des bâtiments a débordé sur quelques rues environnantes, comme celle de ce bistrot, vide à cette heure encore matinale. Le soleil qui commence à chauffer fait fondre ma mauvaise humeur et nous allons à pied jusqu'à l'autre attraction mondiale du quartier, le stade de La Bombonera, qui n'est qu'à quelques cuadras. Comme chacun sait, c'est l'antre de l'équipe de Boca Juniors, et, à défaut d'assister à un match, on peut remplacer cette expérience qu'on dit unique par la visite du Musée et du stade. On peut aussi acheter dans la boutique du Musée toute la panoplie des accessoires nécessaires pour vous transformer en réplique d'un joueur de Boca Juniors. A la grande déception de Carlos, qui fait partie des supporters de cette équipe, nous ne manifestons aucun enthousiasme pour aller plus avant dans notre découverte.
Pour revenir au tango, comment ne pas évoquer le fameux "Caminito" ? Contrairement à ce que l'on pense, c'est le tango qui a donné son nom à la rue et non l'inverse. Le petit chemin en question est un sentier d'Oltra dans la province de La Rioja où l'auteur des vers, Gabino Coria Peñaloza, a passé son enfance. Le Caminito de la Boca, quant à lui, était une ancienne voie de chemin de fer (d'où la courbe qu'il trace), fermée depuis 1954, et transformée cinq ans plus tard en passage : Nostalgie... du tango ! Plus sur le tango Tango shows et peña gaucha.
30 mai 2006 |