Nouvelles du Petit Paradis en Colombie
La vie quotidienne dans le sud des Andes colombiennes
L'album de photos du Petit Paradis en ColombieUne rencontre avec les artisanes de la "paja toquilla"En mettant de l'ordre dans ses documents, Lunita a déterré une enveloppe de photos sur quelques artisanes de La Florida (la municipalité de notre premier Petit Paradis colombien) qui me font revivre un passé relativement proche. En effet, bien que ces photos remontent à l'an 2000, elles sont toujours d'actualité. En ce temps-là, nous sommes à la recherche d'un moyen pour tenter d'améliorer les revenus des familles pauvres qui nous entourent et, comme tout le monde, nous tombons sur l'idée de créer un courant commercial entre cette partie de la Colombie profonde et l'Europe, où nous passons plusieurs mois chaque année. La première démarche est naturellement de faire l'inventaire de l'existant et nous partons tambour battant voir le maire, rencontrer les responsables d'une association d'artisanes dépendant de la municipalité et aussi quelques artisanes non rattachées à cette association pour d'obscures raisons, tenant probablement à des problèmes de politique politicienne ou de (mauvaises) relations. Nous nous rendons rapidement compte que ce sont ces dernières, pour la plupart chefs de famille dont certaines avec de nombreux enfants, qui auraient le plus besoin d'aide et, à notre deuxième visite, nous leur commandons un échantillon représentatif de leur production à partir de la marchandise qu'elles nous montrent, afin de les emporter avec nous : principalement des chapeaux de paille pour femmes, couleur naturelle ou teints, et des panamas pour hommes. Comme elles doivent acheter la matière première, la paille, à des commerçants spécialisés (pajeros), elles nous demandent une avance que nous leur accordons volontiers. La paja toquilla, ou jipijapa, ou rampira, tirée d'une espèce de palmier sans tronc dont les feuilles forment un éventail, ne pousse pas en effet, à cette altitude, et, même si sa culture n'est pas compliquée, elle requiert un traitement spécial, peu compatible avec le travail long et exigeant du tissage. S'il faut un ou deux jours pour fabriquer un chapeau courant, il faut de un à deux mois pour un panama fin, et jusqu'à six mois pour un extra-fin. Une dizaine de jours après cette deuxième visite, nous retournons prendre livraison de notre commande, et là, énorme désillusion. D'abord, nous découvrons que la plupart de ces artisanes sont en rapport avec des intermédiaires de la ville de Sandona, le grand centre de la paja toquilla dans le sud de la Colombie et qu'elle livrent la plus grande partie de leur production dans une exécution semi-finie, qui ne correspond pas à ce qu'elles nous avaient montré lors de nos premiers contacts. Cette relation de dépendance est bien utile pour leur assurer un débouché régulier, bien que ce soit au détriment de la hauteur de leur rémunération. Comme nous partons la semaine suivante, il est trop tard pour rattraper cette lamentable erreur, dont elles ne sont pas responsables, pas plus que nous. Deuxième déconvenue, la qualité de leur travail est, sauf quelques exceptions, assez médiocre, et en aucune façon acceptable pour des clients européens. Malgré tout, nous ne nous sentons pas capables de refuser cette livraison, qui nous servira soit de décoration (voir la photo de ce chapeau non terminé, lequel figure en bonne place dans notre maison actuelle), soit pour ceux des invités du Petit Paradis qui n'ont pas pris la précaution de se munir d'un couvre-chef pour se protéger du soleil ardent. Un peu penauds, nous prenons contact d'urgence avec le maire, qui met aimablement à notre disposition un bel échantillonnage des produits (finis) de l'Association, que nous paierons à notre retour. De passage à Bogotá, troisième déception : un des fils de Lunita, qui vient de faire une recherche sur l'exportation de textiles colombiens, nous a préparé un rapport décrivant toutes les démarches à accomplir pour réaliser une vente à l'étranger. Je ne me souviens plus du détail, sinon que le nombre de documents à produire m'a paru affolant (pour quelqu'un qui déteste la paperasse), et surtout de l'obligation d'effectuer un dépôt de garantie dans une banque, avant toute possibilité de vendre quoi que ce soit. A moins de nous livrer à une opération de contrebande, nous sommes bien obligés de nous rendre à l'évidence : il n'y a pas de place pour des amateurs bien intentionnés dans le business international. Le coup de grâce viendra lors de nos contacts avec les entreprises de commerce équitable dont j'ai - charitablement - oublié les raisons sociales. Nous avons surtout eu l'impression de déranger. Malgré les belles déclarations qui figurent dans les dépliants et la publicité, leurs dirigeants n'avaient visiblement aucune envie de se compliquer la vie avec des fournisseurs peu fiables et des produits trop chers, en raison des énormes marges qu'ils s'accordent. Mêmes nos photos ne les intéressent pas. Effectivement, ces artisanes ressemblent à n'importe quelles artisanes pauvres du Tiers monde. Pourquoi favoriser celles-ci plutôt que celles de l'Afrique ou de l'Inde, dont les coûts de revient sont encore plus bas, même si cela paraît impossible ? Malgré ces mauvais souvenirs, il reste de cette équipée les photos de ces femmes, de leur famille et de leur environnement quotidien, de leurs outils de travail rudimentaires, de leurs gestes simples et répétitifs qui transforment la matière brute en un objet utile et beau, malgré quelques défauts. Dommage que notre souci de qualité totale n'en vienne à nous faire mépriser ces humbles chapeaux, qui remplissent parfaitement leur fonction. Et quelle absurdité que d'exiger que les produits du travail manuel soient aussi parfaits que ceux de l'industrie... |
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Mars 2005