Nouvelles du Petit Paradis en Colombie

La vie quotidienne dans le sud des Andes colombiennes

 

Chronique

Novembre, le mois des reines

Jusqu'à ce que j'arrive en Colombie, l'élection des Miss (Suisse, France, Belgique, Canada ou encore Univers) m'était toujours apparue comme un non-événement, qui tenait à la fois du rêve de midinette et de l'exploitation commerciale douteuse des charmes de filles plus bêtes que belles. Je ferais mieux d'avouer qu'en fait, je n'y avais jamais attaché la moindre importance, ni le moindre intérêt.

C'est dans les mêmes dispositions que j'ai pris connaissance des premières manifestations annonçant l'élection de la Reine de Colombie. Le passage de "Miss" à "Reine" est déjà tout un programme, mais c'est progressivement que je me suis rendu compte avec stupeur que le Concurso Nacional de la Belleza (Concours National de la Beauté) de Cartagena de Indias est un des événements les plus importants de l'année - au moins sur le plan télévisuel ! -, suivi par des centaines de journalistes professionnels ou d'anciennes reines faisant office de correspondantes de presse improvisées. Ce n'est que la pointe de l'iceberg : les reines ici se comptent par dizaines de milliers.

 

La petite reine de la section des primaires

Mon premier contact avec l'élection d'une reine s'est déroulé dans le cadre d'une réunion familiale : il s'agissait de faire partie de la claque d'une petite-nièce de Lunita, Lucía, qui se présentait au concours de reines organisé dans le cadre des festivités du 19e anniversaire de la fondation du collège Les Andes, dont elle est une des élèves. Les Colombiens ont un goût immodéré pour les commémorations qui les amènent en particulier à fêter chaque année l'anniversaire de n'importe quelle institution, officielle ou non.

L'événement en question avait lieu au Club de Cresemillas, situé au fond d'une impasse sombre, non goudronnée et boueuse, propice au vol de voitures, ce qui m'a amené à commettre l'imprudence de parquer la mienne, battante neuve à l'époque, à l'intérieur de l'enceinte du club, où il restait encore quelques places libres. Nous étions arrivés à l'heure, pensant naïvement que l'élection de la reine de la section primaire aurait lieu au début de la soirée et que nous pourrions ainsi nous en aller discrètement, ayant accompli notre devoir. Après avoir payé les entrées, destinées à alimenter la caisse du Collège, nous avons pénétré dans une grande salle où régnait déjà une ambiance à tout casser. Il y avait une dizaine de stands, luxueusement décorés de guirlandes, de ballons multicolores, de bouquets de fleurs gigantesques, avec le nom de la candidate découpé en grandes lettres de polystyrène ou peint sur une banderole.

En nous frayant un chemin dans la foule, nous arrivons abasourdis jusqu'au stand de la famille et embrassons notre candidate, surexcitée, mesurant à peine un mètre de haut, boulotte, mais élégante quand même dans sa superbe robe de soirée à dos nu, d'un bleu électrique. En face, se trouve la rivale la plus dangereuse, grosse et franchement laide, engoncée dans une robe blanche à froufrous de dentelles et grand noeud dans le dos qui la fait ressembler à une tourte à la crème, mais dont les parents, sans doute pour améliorer ses chances, ont loué les services d'un orchestre équatorien - moins chers que ceux de leurs confrères colombiens ! -, avec tambour et grosse caisse ; toutes les dix minutes, les musiciens jouent un morceau entraînant qui permet aux supporters de manifester bruyamment leur enthousiasme. Sur quoi, les équipes des autres candidates tentent de leur mieux de couvrir ce vacarme déloyal en scandant le nom de leur propre favorite. Une bonne heure se passe ainsi, les reines courant au milieu de la foule qui a pris la densité qui plaît aux Colombiens pour qu'ils aient l'impression que c'est une fête, les gens, pressés les uns contre les autres, criant et s'interpellant.

J'avais déjà vécu cette sensation oppressante le jour de la Fête Nationale, le 20 juillet, où mille Colombiens de Paris étaient entassés dans une salle de paroisse du 19e arrondissement, l'orchestre poussant la sono jusqu'à ses dernières limites et ayant depuis longtemps dépassé celles de mes tympans. Bien sûr, vu le vacarme ambiant, je ne comprenais pas un mot de ce me disaient les gens à qui Lunita me présentait.

Averti par cette première expérience, je me réfugie dans un coin abrité où je me sens plutôt en sécurité, mais d'où hélas je ne verrai pratiquement rien du défilé des reines sur la passerelle, celle-ci n'étant pas suffisamment surélevée pour permettre à  des candidates de si faible taille d'émerger de la cohue des spectateurs.

Je reprends espoir quand le recteur du collège demande le silence et commence un discours sur les dix-neuf premières années d'existence de cette remarquable institution pédagogique à la destinée de laquelle il a l'honneur de présider et qui contribue d'une manière si exemplaire à l'éducation de la jeunesse dans la capitale du département. Les cérémonies d'anniversaire ne sont pas propices à l'autocritique. Mais le moment des reines n'est nullement venu : nous allons nous intéresser tout d'abord aux futurs bacheliers qui ont organisé un spectacle décousu et bruyant qui se termine par une danse d'échappés de l'enfer, des cercles de garçons sautant de plus en plus haut en rythme avec la musique de rock et tournant de plus en plus vite sur eux-mêmes au risque d'aplatir la plus jeune des candidates, qui doit avoir cinq ans et vacille d'épuisement au bord de la piste.

Après cette exhibition, je me dis que cette fois sera la bonne, nous allons enfin attaquer la compétition. Visiblement, la stratégie du recteur est à l'inverse de la mienne : il retarde le clou de la soirée le plus tard possible. Nous avons droit à un nouvel intermède de vociférations de soutien aux candidates qui nous laisse pratiquement sans voix et nous fait consommer force Coca-cola et "empanadas de añejo" (petites rissoles de farine de maïs, farcies de viande hachée, d'oignons et de pommes de terre et frites), pour le plus grand bien de la caisse du collège. Suit une bonne heure de salsa et de boléros à l'intention des adultes qui nous amène aux douze coups. Je rumine dans ma tête une lettre acerbe à l'intention du recteur ou une dénonciation vengeresse aux autorités éducatives de Ciudad Dormida pour violation des droits de l'enfant. Le visage de notre candidate a viré au pourpre luisant et je crains pour nos chances.

Mais tout a une fin : le recteur a dû sentir que l'assemblée a atteint le niveau d'incandescence souhaitable et annonce l'ouverture du concours. Les candidates se présentent par ordre d'âge croissant. La nôtre est donc la troisième et nous nous préparons à brailler en choeur une dernière fois pour tenter d'influencer le jury. La première, la plus jeune, est dans un état pitoyable. Elle n'arrive pas à répondre à la question que lui pose le président du jury et qui est déterminante pour l'élection. La seconde est la rivale haïe de Lucía qui est saluée par un ultime morceau rythmant le concert de hurlements. Malgré le soutien massif de son équipe, elle paraît mal à l'aise et empruntée au moment décisif, visiblement pas à la hauteur des espérances irréalistes de ses parents. Elle répond maladroitement à la première partie de la question et cale complètement à la seconde.

Lucía, elle, a repris du poil de la bête. Cela fait si longtemps qu'elle désire de toute sa petite âme être élue reine, qu'elle a mobilisé une énergie incroyable pour d'abord convaincre ses parents de l'aider à réaliser ce rêve, elle ne va pas lâcher la rampe au dernier moment. On lui demande ce qu'elle veut faire quand elle sera grande et pourquoi. Je ne la vois pas, mais je l'entends déclarer d'une voix bien claire et assurée dans le micro qu'elle veut devenir médecin pour pouvoir soigner gratuitement les malades pauvres. C'est trop beau pour être vrai, mais c'est exactement ce qu'il fallait dire pour séduire le jury. Nous applaudissons à tout rompre cet acte de rouerie juvénile. Les candidates suivantes ne sont pas bien convaincantes et le verdict du jury vient conforter la certitude intérieure de Lucía : elle est élue reine du primaire du Collège des Andes pour une année. Félicitations, soulagement, il est presque deux heures du matin.

Mais pas question de sortir du parking. J'aimerais avoir une voiture à la K 2000 pour sauter par-dessus les véhicules qui se sont mis devant le mien, de manière illégale à mes yeux. Peu à peu cependant, les places se libèrent devant moi et je me faufile vers la sortie pour tomber sur un conducteur pusillanime, qui, n'ayant pas pris la précaution de retourner son véhicule au moment d'arriver, n'ose pas reculer dans l'obscurité.

La reine des reines

Je me suis rendu compte plus tard, que tout ce que nous avions vu au Collège des Andes suivait un modèle préétabli par le Concours de Beauté de Cartagena de Indias, qui permet de choisir Miss Colombia et à celle-ci de se mettre sur les rangs pour le concours de Miss Univers.

Pendant tout un mois, le pays va vivre au rythme de ce qui se passe à Cartagena. Il faut savoir en outre que cette ville est la vitrine touristique de la Colombie et son prix de consolation dans ce domaine, étant la seule à offrir un équipement et un environnement touristiques de qualité internationale. C'est aussi le point de débarquement de beaucoup de croisières dans les Caraïbes. De nombreux congrès professionnels ou rencontres politiques internationaux s'y tiennent. Aucun endroit ne serait mieux indiqué pour y célébrer la beauté des femmes colombiennes.

Mon expérience du concours provient des reportages de la télévision et de la lecture des revues. Pour rien au monde, vous m'avez compris, je n'irais à Cartagena à ce moment là. Mais à moins de ranger la télé au fond d'une armoire pendant au moins 6 semaines, il est impossible d'y échapper et, cela étant, autant s'y intéresser pour essayer de comprendre cette passion de tout un pays pour choisir la plus belle de ses femmes. Ouais, enfin, disons : pour avoir l'illusion que c'est celle-là.

S'en tenir à cette perspective serait faire preuve d'une certaine crédulité, car derrière le déploiement des fastes du Concours se cachent des motivations économiques moins idéalistes, qui vont bien au-delà de la promotion touristique de Carthagène. Autour des jeunes femmes qui se présentent, sont en jeu les intérêts de plusieurs secteurs économiques qui vont des cliniques de chirurgie plastique aux agences nationales et internationales de mannequins en passant par les agences publicitaires, la haute couture et les industries du luxe, des accessoires et des tissus haut de gamme, en quelque sorte l'équivalent créole des défilés de mode parisiens.

Élection, mode d'emploi

Tout commence par le choix d'une reine au niveau de chacun des 32 départements, selon une procédure bien établie, dont j'ignore les détails, mais dont les résultats sont paradoxaux, les liens entre la reine et son département n'étant pas toujours évidents. A voir les Miss qui ont représenté le nôtre ces dernières années, on se dit qu'il doit exister d'autres jeunes femmes moins banales et plus représentatives des canons de la beauté locale que celles-là. Sans doute n'ont-elles pas souhaité assumer le coût personnel d'une candidature, dont l'aboutissement est plutôt aléatoire, même si, en 1998, c'est notre représentante qui a été élue vice-reine.

Bien sûr, il ne faut pas avoir trop de sang noir ou indien dans les veines, ou les deux à la fois, cela constitue un handicap quasiment insurmontable pour être qualifiée ou figurer dans la quintuplette du succès : reine, vice-reine, première, deuxième, troisième princesse. On ne m'ôtera cependant pas de l'idée que les plus belles femmes de ce pays sont précisément les métisses, mulâtres et autres quarteronnes, et non les pâles copies des miss européennes ou nord-américaines. Que la deuxième princesse ait été en 1997 Miss Guajira, indique soit une esquisse de début de changement dans la mentalité raciste des promoteurs du concours, soit que le lot de cette année-là n'ait pas permis de la mettre à sa véritable place, qui eut dû être la sixième !

Le mois qui précède le début du concours est consacré d'abord à faire une première sélection qui ramène la trentaine de pré-candidates à une vingtaine, puis à se pencher sur les charmes physiques, l'intelligence, la culture des candidates qui restent. Chacun de la douzaine de journaux télévisés embauche une ex-reine ou un modèle connu en tant qu'experte. Elles distillent fielleusement de petites remarques plus ou moins désobligeantes sur les défauts de rivales potentielles qui ont leur carrière devant elles, et non derrière. Elles répandent d'innombrables ragots sur leur passé, leur moralité, leur "fiancé", les opérations de chirurgie esthétiques qu'elles ont subies. On ne va pas jusqu'à vérifier la virginité des candidates, mais celles-ci ne doivent pas être encombrée par un prétendant trop sérieux, qui compromettrait leur brève carrière de prêtresse au service de la cause de la beauté nationale, au cas où elles accéderaient au poste suprême. Si la reine était mariée ou fiancée officiellement, elle ne ferait plus rêver les petits gars et ne serait plus disponible pour les nombreuses tâches qu'elle doit accomplir selon son contrat, pour ne pas parler du risque qu'elle se retrouve enceinte, quelle horreur !

Quand les choses deviennent véritablement sérieuses, plus de 400 journalistes et experts suivent pendant 10 jours chacune des innombrables péripéties du concours : visites de haut-lieux touristiques de Carthagène, manifestations mondaines où les candidates sont escortées par de sémillants cadets de marine en uniforme de gala ou des sponsors en goguette, entretiens avec les membres du jury, défilés en robe du soir, en costume folklorique, en maillot une pièce, sur un canot, sur un char et, clou de la manifestation, défilé en 2 pièces minimalistes qui ne cachent presque plus rien, mais quand même l'essentiel, la mode des vêtements transparents n'ayant pas encore envahi ce sanctuaire de la fausse décence et de la bonne éducation qu'est resté le concours.

Le défilé en deux-pièces  révèle impitoyablement la moindre trace de doute intérieur, aussi fatale pour les candidates peu sûres d'elles que les moindres défauts physiques et particulièrement ceux des fesses qui sont l'objet d'une véritable vénération en Colombie. Les plus belles fesses du monde appartiennent indubitablement à une Colombienne - pas nécessairement la reine - et le string permet de les admirer quasiment dans leur état de nature. Le thème de la chirurgie esthétique agite moins les esprits qu'autrefois. Chacun tente pourtant d'en discerner les effets éventuels sur les parties améliorables des candidates : nez, menton, seins, ventre, fesses et cuisses. Bien que le règlement n'interdise plus le recours à ce moyen, la question existentielle reste celle-ci : une candidate refaite à neuf ne bénéficie-t-elle pas d'un avantage déloyal par rapport à une candidate non retouchée ?

Au fur et à mesure que l'on s'approche du jour de l'élection, l'excitation monte à son comble, en tout bien tout honneur, les hommes, et leurs pensées libidineuses, étant quasiment absents de cette manifestation, à part les membres masculins du jury qui sont remarquablement discrets. Bien qu'elles exhibent généreusement leurs charmes, les reines n'ont rien d'objets sexuels, et celles qui ne l'auraient pas compris avant n'auront aucune chance d'arriver au sommet. Les candidates dispensent continuellement un sourire qui ne contient aucune séduction ambiguë et, comme je ne les ai vues qu'à la télévision, j'ignore si elles répandent autour d'elles une odeur, mais je suis presque certain qu'elle doit être aussi d'une discrétion exemplaire. Ce n'est pas là que les parfumeurs français doivent réaliser leurs meilleures affaires.

Dans les nombreux entretiens qu'elles accordent à jet continu, elles parlent de leurs études ou de leurs projets en faveur de l'enfance malheureuse. Il y a tellement d'adultes maltraités dans ce pays qu'il est préférable de faire l'impasse là-dessus et de se tourner vers l'avenir. Par moments, je tombe sous l'empire d'une sorte d'hallucination qui me les fait voir comme des religieuses qui auraient accepté de se déshabiller pour mieux convaincre le public de la solidité de leur vocation.

Le concours ne pouvant pas durer toute l'année, il faut bien se résigner à en choisir une. Dès les premiers jours, tout le monde essaie fiévreusement de déterminer quelles seront les favorites. Vu les critères qui permettent d'étayer le choix - jambes trop maigres, manque d'assurance ou d'entrain, ne sait bien pas marcher sur la passerelle, trop typée, ne sort pas du lot, peu de classe, etc. -, il n'est pas tellement difficile de prédire le quintette des finalistes et c'est là du reste que le suspense devient insoutenable.

Malgré le sentiment de dérision que j'éprouve tout au long de ce calvaire inutile, je dois dire qu'il faut une sacrée dose de contrôle de soi pour continuer à sourire, alors que la couronne vient de vous échapper dans les 10 dernières secondes du concours, et embrasser gentiment la rivale qui vous la souffle. N'étant pas tenu à une telle réserve, je ne me gêne pas pour applaudir la défaite d'une concurrente qui a manifesté trop bruyamment, dans les jours qui précèdent le couronnement, que les jeux sont faits et que c'est elle la meilleure. A force de vivre quotidiennement avec cette troupe de jeunes femmes, on finit par les voir comme des personnes et par éprouver des sentiments de sympathie ou d'antipathie qui ne rejoignent pas nécessairement ceux des spécialistes de la chose.

La reine du Carnaval

La troisième reine de ma collection est celle du carnaval de Ciudad Dormida. Elle est sur le premier char, celui qui ouvre le grand cortège du jour des blancs. Il s'agit d'un sphinx presque grandeur nature, peint de couleurs vives et monté sur un châssis de camion. La reine est seule, trop seule, devant l'animal mythique et, à chaque soubresaut - j'ai déjà parlé des ornières des rues de Ciudad Dormida -, elle se retient d'une main à la barre de son trône et de l'autre réajuste sa coiffe, inspirée par celle de la reine Néfertiti. Malgré ces circonstances adverses, elle tente de conserver un sourire, qui ne peut avoir l'air que forcé du fait du sentiment d'inconfort qui la submerge, si visible qu'elle m'inspire de la pitié. Son costume laisse voir une certaine flaccidité des tissus du ventre et des hanches qui inspire au fils de Lunita ce conseil envoyé d'une voix forte, au moment où son char s'arrête devant nous, qui sommes juchés sur un appui de fenêtre au premier étage : "eh, reine, fais donc des abdominaux !" Les sujets d'aujourd'hui sont irrespectueux et ingrats.

Des reines pour tous les usages

Des reines, il y en a partout où une communauté cherche à exprimer de manière symbolique son existence, en choisissant une jeune femme pour la représenter : un village, une ville, une école, une université, mais aussi un groupe de retraitées, une association, un club sportif. Je ne connais pas les origines de cette tradition, mais je fais l'hypothèse que c'est une déviation récente du culte de la Vierge, la Reine du ciel, qui se manifeste avec tellement de vigueur dans la foi populaire. Elle me paraît aussi liée au machisme qui est toujours fortement présent dans la société colombienne - malgré le changement relativement rapide de la condition féminine -, et qui montre deux visages, contradictoires et complémentaires : d'un côté, la croyance à l'infériorité de la femme et son maintien dans une forme de dépendance, de l'autre l'exaltation de la femme aimée jusqu'à la diviniser, la relation hiérarchique entre l'homme et la femme s'inversant alors, comme cela est mille fois illustré dans la chanson :

Soñe un amor (Pasillo de Francisco Durán Naranjo)

Soñado amor, perfume de jazmines
(Amour rêvé au parfum de jasmin)
Ven a embriagarme con tu néctar sutil
(Viens m'enivrer de ton nectar subtil)
Para encontrar el consuelo divino
(Pour trouver la consolation divine)
Que por doquier ansío, reina querida, florece en mí.
(Que partout je désire avec ardeur, reine aimée, afin qu'elle fleurisse en moi.)

Bien qu'il soit aussi stéréotypé que "ma chérie" en français, "mi reina" est un des mots doux du répertoire amoureux des hommes colombiens et j'imagine qu'il a toujours un effet magique sur les femmes qu'ils honorent ainsi.

Novembre 1999

(Suite : Hommes et femmes)


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