Nouvelles du Petit Paradis en Colombie

La vie quotidienne dans le sud des Andes colombiennes

 

Chronique

Une journée dans la vie
de Mathieu L.

J’ai oublié jusqu’au nom de l’auteur*, mais je tiens quand même à lui rendre hommage en pastichant le titre de son livre, quelque chose comme : "Une journée dans la vie d’Ivan Denisovitch", parce que c’est un des premiers ouvrages qui est sorti sur l’expérience quotidienne du Goulag dans la période du dégel krouchtchévien. Il me faudrait pouvoir relire ce roman pour savoir pourquoi j’aime tant ce titre. En tout cas, c’est celui-là qui m’est venu à l’esprit en pensant au sujet de cette chronique un peu décousue.

[*Il s'agit en fait de Soljenitsine, dont Eric Hobsbawn dit dans "The Age of Extremes" que "le Soljenitsine qui survivra probablement comme un des plus grands écrivains du 20e siècle est celui qui était encore obligé pour prêcher d'écrire des romans (Un jour dans la vie d'Ivan Denisovitch, Le pavillon des cancéreux), parce qu'il n'était pas encore libre, alors, d'écrire des sermons et des dénonciations historiques." (p. 505)]

 

Au préalable, une annonce concernant les NPP

Cette chronique devrait me permettre de tirer un fil rouge entre toutes celles qui l’ont précédée et de faire un peu d’auto-publicité. Elle annonce aussi une probable transition : je ne sais pas combien de temps encore je pourrais continuer à écrire des chroniques à thèmes tels que ceux que j’ai abordés jusqu’à présent, sans risquer de me répéter (quelle horreur !) ou de sortir de la règle du jeu de l’expérience vécue. C’est pourquoi vous verrez - peut-être ! - apparaître prochainement une nouvelle rubrique intitulée "La lettre du mois" en alternance - selon l’inspiration ou l’actualité - avec une "Chronique" à thème. Ainsi que son nom l’indique, ce sera un compte-rendu, comme toujours personnel, des événements du mois écoulé.

En attendant, égrenons ensemble les 24 heures d’une journée dans la vie de Mathieu L.

Une campagne bien bruyante

La journée commence tôt à Santa Rosa. Les premières nuits que nous y avons passées, nous avons été réveillés en sursaut dès deux heures du matin, puis à toutes les heures jusqu’à la sixième par...- non pas les cloches, il n’y en a pas - mais par de puissantes trompes genre camion américain. Renseignements pris, il s’agissait de bus escaleras qui annoncent leur passage en traversant tout le corregimiento pour rameuter d’éventuels clients qui attendent depuis une demi-heure ou une heure, bien sagement rangés au bord du chemin avec des ballots de cabuya, des régimes de plantains ou des sacs de café. J’ai commencé par pester contre cette intolérable violation du droit au sommeil, qui n’est cependant pas recensé dans les quelques 80 droits qu’énonce la Constitution de 1991.

La nécessité d’avertir qui que soit du passage d’un véhicule dont le moteur est suffisamment bruyant pour qu’on l’entende à des kilomètres à la ronde ne me paraît toujours pas évidente. J’ai pensé un moment mettre un écriteau "por favor no pitar por la noche" (s’il vous plaît, ne klaxonnez pas la nuit), mais me suis rendu compte à temps du caractère inadéquat de cette réaction, qui aurait suscité un vif étonnement dans la population et aurait constitué une atteinte tout aussi arrogante au droit des chauffeurs de bus escaleras à manifester ainsi la dignité de leur office.

Comme le remarquait déjà Montaigne à propos de la grosse cloche de l’église voisine, mon cerveau a vite fait le tri entre une intrusion somme toute normale et un avertissement beaucoup plus discret tels que les craquements occasionnés par un tremblement de terre qui m’ont propulsé en quelques secondes du lit au jardin, sans prendre la peine de mettre mes lunettes ou un pyjama. Quel embarras si la maison s’était vraiment écroulée ! Je n’ai toujours pas résolu ce problème de vêtement nocturne et je me croise les doigts pour qu’il n’y ait pas une autre secousse plus vicieuse, avant que nous ayons construit l’aile antisismique où nous installerons notre chambre à coucher et tous les appareils qui ne souffrent pas de recevoir une poutre ou une plaque de fibrociment en équilibre flou.

Peu après notre arrivée, nous avons installé un poulailler avec quatre poules, un rêve d’enfance de Lunita. Au bout de quelques semaines, un de ces volatiles a commencé à émettre des bruits curieux vers cinq heures du matin. Nous n’y avons d’abord pas trop prêté attention, puis il a bien fallu se rendre à l’évidence : il s’agissait d’un coq. C’est alors que j’ai découvert : un, que les coqs chantent à n’importe quelle heure de la nuit ; deux, que le principal but de ces "chants" n’est pas d’annoncer le retour du soleil, mais de communiquer avec ceux de leurs collègues qui sont à portée de voix, c'est-à-dire à plusieurs kilomètres. La première fois que nous les avons entendus brailler vers minuit, j’ai redouté, je dois l’avouer, une agitation annonçant une nouvelle secousse tellurique. Mais non. Une autre de mes hypothèses est que la lumière de la pleine lune leur fait croire que le jour est arrivé. Je la propose humblement en attendant une explication plus satisfaisante.

J’ai parlé d’autres sources de bruit nocturnes ou matinales : les chiens qui tombaient dans le trou des déchets de cuisine (lire la chronique "Du rêve à la réalité : premier épisode"), les stridences des machines à défibrer la cabuya, les rancheras dominicales de Leonidas. Il faut encore ajouter, à partir de six heures, un oiseau au chant hésitant et inachevé qui m’a d’abord donné l’impression qu’il était en train d’apprendre un air destiné à conquérir une femelle. Cela m’a empêché de dormir un certain temps attendant qu’il trouve enfin une interprétation correcte. Au fil des années, j’ai dû admettre qu’il s’agissait de sa manière naturelle de chanter, fidèlement transmise de génération en génération.

A sept heures quand il n’y a pas de brouillard, c’est l’arrivée de l’avion de la même heure dont l’un des pilotes a dû prendre notre maison comme repère pour effectuer le grand virage qui va l’amener dans l’axe de la piste de l’aéroport de Ciudad Dormida. Vers huit heures, vient le tour de Doña Fredismila qui appelle ses poules pour leur distribuer des grains de maïs, en utilisant un cri identique à celui de ma voisine ardéchoise. Ce rapprochement transatlantique m’impressionne beaucoup : parmi tous les projets de recherche, en majorité avortés, que j’ai montés dans ma vie, je pourrais rajouter une étude comparative sur la manière d’appeler les poules dans les différentes régions du monde.

Le dimanche présente une intéressante diversion à l’heure de la sieste avec la diffusion d’airs qui m’ont d’abord paru avoir une parenté avec ceux que chantaient - chantent toujours ? - les Choeurs de l’Armée Russe, ex-soviétique. En réalité, il s’agit des nouveaux cantiques catholiques, diffusés par de puissants haut-parleurs qui permettent de franchir d’un coup d’aile les quelques 1200 mètres qui nous séparent de l’église. La messe débute peu après en direct, avec les inévitables claquements de mains des fidèles qui accompagnent les chants introductifs. Nous pourrions aussi bénéficier du sermon du curé, si une légère brise n’emportait pas une partie de ses paroles vers une autre destination. 

J’ai eu au début la même réaction qu’avec les klaxons des bus escaleras : j’ai trouvé intolérable cette violation de ma liberté religieuse, qui, elle, est pourtant protégée par la Constitution. Mais comment réagir ? Une pancarte que je brandirais à la sortie de la messe ? Une lettre à l’évêque de Ciudad Dormida ? Un engin explosif posé à proximité de l’amplificateur ? (Tout le monde a bien compris qu’il s’agit d’une plaisanterie ? Pardon, d’assez mauvais goût.) Comme les quelques pasteurs qui hantent ces lieux ne reculent pas non plus devant cette forme de pollution sonore, nous sommes quitte.

Également de source religieuse, les pétards à deux coups qui accompagnent les pérégrinations du Niño Jesús à la période de Noël ou celles de la Vierge de Las Lajas dont je reparlerai probablement à la fin de l’année.

La dernière perturbation digne d’être recensée concerne les soirées dansantes qu’organisent les jeunes de l’endroit, heureusement pas toutes les fins de semaine et pas au-delà de minuit. Parfois, il y a deux groupes qui rivalisent de décibels. Jusqu’à ce que j’aie posé un faux plafond dans notre chambre à coucher, tous ces bruits nocturnes pénétraient librement par les nombreux orifices du toit, ainsi du reste que la poussière soulevée par les vents d’été. Depuis, nous dormons sans aucun problème.

Des effets de la latitude et autres curiosités du climat

Je me suis rendu compte tardivement que l’aube naissait presque toujours à la même heure. Grâce à un programme que j’aime beaucoup et qui décrit le parcours de la lune et du soleil dans n’importe quel point du monde (www.geoclock.com) et donc précise l’heure de leur lever et de leur coucher, j’ai appris qu’à notre latitude de 1 degré 18 minutes 6 secondes, le lever du soleil n’a qu’une amplitude d’environ une demi-heure : entre 5 h 50 et 6 h 20. L’effet de ce changement n’est pas perceptible, en tout cas moins que l’obscurcissement provoqué par les nuages qui attristent souvent son coucher.

Nous ne sommes qu’à 6 heures de route de Quito où Charles Marie de La Condamine, un mathématicien et géographe français avait calculé en 1735 l’emplacement exact de l’équateur. D’astucieux commerçants ont érigé un monument et un centre touristique - qui s’appelle de manière appropriée La Mitad del Mundo - à l’emplacement de cette ligne imaginaire ; tous ceux qui passent à cet endroit - et moi aussi - s’y font photographier par un guide complaisant, les pieds bien écartés pour lui permettre - à l'équateur, pas au guide - de filer entre leurs jambes.

Deux autres régularités étonnantes sont celles de la température et de la pression atmosphérique. Depuis que j’ai rapporté un thermomètre à minimax que les Colombiens de toutes classes sont incapables de lire, je n’ai jamais constaté une température sous abri inférieure à 14 et supérieure à 32 degrés, soit 18 degrés d’écart, alors qu’en Ardèche cela va au cours d’une année normale de -7 à +37 degrés, soit un écart de 44 degrés.

Pour comprendre quelque chose aux variations climatiques, j’ai aussi ramené une station barométrique digitale à laquelle il ne manque qu’une imprimante, car je n’ai pas la patience de noter les observations pour construire les courbes correspondantes. Jusqu’à présent, les extrêmes se sont toujours situés entre 1022 et 1030 millibars. Rien qui ressemble à une haute ou basse pression, mais une oscillation presque incessante autour de la valeur moyenne, correspondant à des montées d’air chaud et humide en provenance du Pacifique ou de l’Amazone. Celles-ci se transforment en pluies lorsqu’elles entrent en contact avec l’air froid de la sierra.

Il y a eu plusieurs périodes délicieuses pendant lesquelles l’alternance entre les pics ensoleillés et les baisses pluvieuses correspondaient exactement à l’organisation de ma journée : travail physique le matin, intellectuel l’après-midi. Comme rien n’est parfait dans ce bas monde, les uns et les autres se déplacent souvent et voilà qu’il pleut le matin et fait beau le soir. Cette inversion n’a pas que des inconvénients : nous avons pu admirer pendant une bonne demi-heure le début de l’éclipse totale de lune qui m’a paru, romantisme mis à part, moins convainquante que celle de soleil en août 1999 (j’étais dans le parc de Versailles).

La même modération existe en matière de vent : en dehors des faibles brises qui emportent les paroles du curé, rien qui ressemblerait au foehn, à la bise ou au mistral au cours de ces six derniers mois. Il faudra attendre juillet et août.  Alors, les amateurs de bourrasques seront servis : l’an passé, elles ont arraché les ailes tournantes de notre perroquet girouette, planté dans le jardin potager pour effrayer les merles.

De telles régularités évoquent un certain ennui et vont en tout cas complètement à l’encontre de mes préconceptions sur le climat tropical que j’imaginais violent et désordonné. C’est que nous sommes bien loin du chaudron du Golfe du Mexique où tourbillonnent les ouragans et assez à l’intérieur des terres pour échapper aux pluies torrentielles de la côte pacifique. Même les quelques orages qui ont éclatés sur le Petit Paradis m’ont paru raisonnables à coté de ceux des Cévennes, dont le dernier, avant notre départ l’été passé, a foudroyé le chalet où nous regardions un film et grillé télévision et lecteur vidéo. Le fluide électrique est remonté le long de la jambe de Lunita qui a cru sa dernière heure arrivée : mais non, rien qu’une rougeur sur la peau. Quant à moi, qui courrais vers la maison pour fermer volets et fenêtres, j’ai senti un grand souffle m’envelopper, un avant-goût de la punition divine qui ne manquera pas de tomber sur ma tête de mécréant, le moment venu.

Si la douceur de notre climat m’a troublé au début, j’ai appris à l’apprécier à sa juste valeur depuis. Plus en tout cas que l’absence de saisons qui continue à me dérouter. Ça m’amuse toujours d’entendre les gens d’ici parler de la dureté de l’hiver, qui désigne les pluies dominantes en novembre-décembre et en mars-avril. S’il pleut pendant une semaine en juin, pour eux, l’hiver est revenu. Je n’arrive pas à me débarrasser de la représentation que l’hiver correspond au dépouillement de la végétation, à la brièveté du jour et à un froid intense. Ce qui me manque, c’est le cycle long de la succession des saisons, le plaisir de retrouver ce qui caractérise chaque changement et l’anticipation du changement et du plaisir. 

Je ressens comme un dérèglement de la nature le fait que sur le même arbre, on peut trouver simultanément et pendant longtemps des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs. En outre, chaque espèce d’arbre caduc, et chaque individu à l’intérieur de l’espèce, suit son propre rythme de perte et de renouvellement du feuillage. Je regarde d’un œil critique les deux grands hurapanes qui sont à proximité de la maison : l’un d’eux a commencé à perdre ses feuilles en novembre, et le second, deux mois plus tard, ce qui fait que pendant 4 mois les feuilles mortes obstruent les gouttières et le petit canal d’évacuation des eaux de pluie qui court en surface.

Il me faudra encore beaucoup de temps pour accepter que ce désordre apparent recouvre un ordre plus subtil et plus complexe que celui de la séquence simpliste, mais tellement structurante : hiver-printemps-été-automne. Par contre, la constance de la dominante verte dans notre environnement - "où le vert est de toutes les couleurs" - me ravit, comme la possibilité d’avoir en permanence des légumes dans notre potager.

La ronde des heures

C’est presque toujours Lunita qui se lève la première, le matin, vers sept heures. Elle est pressée d’aller voir ses chers cuyes (lire la chronique Comment j’ai appris à manger, puis à élever les cuyes), qui, à cette heure-là, n’ont plus rien à grignoter et attendent avec impatience leur ration de granulés. Dès qu’ils entendent la porte s’ouvrir, les adolescents, qui sont au nombre de 15 en ce moment, se mettent à piauler jusqu’à ce que le bruit des granulés tombant dans leur auge les rassurent définitivement sur la livraison du ravitaillement.

En général, elle profite de la relative fraîcheur matinale pour récolter les produits du potager : actuellement salades, carottes et chauchillas - un légume local, au goût et à la consistance agréables, qui ne ressemble à rien de connu et pousse aussi facilement que la mauvaise herbe en grimpant sur tout ce qu’il trouve -.

Si j’entrevois sous la porte un rai de lumière qui indique que le soleil est au rendez-vous, je me lève aussi pour préparer le petit déjeuner qui comporte immanquablement des fruits exotiques tel qu’ananas, papayes, mangues et bananes -seules ces dernières venant de notre jardin - et la granola dont les défaillances d’approvisionnement ont suscité un fort mécontentement de ma part (lire la chronique "Les choses qui fâchent un peu, beaucoup..."). S’il n’y a pas de soleil, j’en profite pour prolonger la phase de réveil - qui est toujours un peu difficile, surtout à Ciudad Dormida -, sans que cela puisse s’appeler une grasse matinée.

Sept heures est aussi l’heure des artisans et des travailleurs (lire les chroniques "Du rêve à la réalité : premier et deuxième épisodes"). Nous venons de confier à Orlando, le maçon, la reconstruction du portique d’entrée, qui était branlant et malcommode. Du fait que l’un des élément du cahier des charges était de pouvoir passer dessous avec un camion-benne, le résultat, qui est très réussi, est une entrée monumentale, dans le genre de celle de la finca de Pablo Escobar - le chef du Cartel de Medellin - sur laquelle était accrochée une avionnette. Bon, j’exagère un peu, disons qu’il se détache par son importance de tout ce qui existe dans les environs en matière de portail d'entrée, y compris la finca du beau-frère de Lunita qui fait soixante hectares et héberge autant de têtes de bétail Holstein soigneusement sélectionné.

J’espère qu'aucun antisocial - terme qui inclut ici dans la même réprobation les narcotrafiquants, les délinquants ordinaires, les guérilleros (au moins dans la bouche des militaires) et les paramilitaires - ne tirera des conclusions erronées en voyant cette construction involontairement prétentieuse. Je suis sûr par contre que les habitants du corregimiento qui passent devant trouveront la confirmation de leur idée que nous sommes immensément riches. Qui de sensé investirait en effet autant d'argent dans quelque chose d'aussi inutile ? puisque la clôture qui nous entoure peut être franchie en sautant d'un bond par-dessus et sans risquer autre chose qu'un accroc à son pantalon, lequel en a vu d'autres.

C'est le plus souvent entre huit et neuf heures que nos deux aides, Rafael (lire la chronique "Comment acheter un petit paradis" et "Du rêve a la réalité : deuxième épisode") et Romelia, la dame qui s'occupe de nourrir et nettoyer les cuyes, apparaissent, ce qui donne à Lunita l'occasion de tailler une bavette et d'apprendre les derniers potins qui courent dans le village.

Pendant le petit déjeuner, nous écoutons la radio pour être au courant de ce qui se passe dans le département ou dans le pays (lire la chronique "Médias en Colombie : la radio"). Puis nous nous séparons et Lunita se livre avec bonne humeur, grâce aux deux activités gratifiantes que j’ai évoquées plus haut, aux joies de la préparation du repas ou à d'autres corvées ménagères, tandis que, après avoir lavé la vaisselle, j’inspecte notre territoire et plus particulièrement la caféteraie (lire la chronique "Les deux mamelles de Santa Rosa : café et cabuya") dont l’état lamentable en ce moment me désespère. L’"hiver", qui dure depuis octobre, a favorisé le développement de diverses maladies - dont la plus identifiable est la "mancha de hierro" (tache de fer ?), qui fait tomber tout le feuillage -, et a entraîné une croissance monstrueuse de toutes sortes de mauvaises herbes. La seule chose qui me console est que je ne suis en bonne compagnie : la dernière récolte de café sur le plan national est inférieure de près de 50 % à celle de la période antérieure. Au train habituel de mauvaises nouvelles, il faut ajouter celle que la Colombie va être obligée d'importer du café pour sa consommation intérieure, ce qui n'était jamais arrivé !

Après le repas vient l'heure de la sieste dans la maloka (voir la page "La construction de la maloka" dans l’Album de Photos et aussi la chronique "Trois ans déjà"). Les clients de Lunita arrivent parfois à cette heure-là le samedi ou le dimanche, soigneusement raclés et vêtus de leurs meilleurs habits, ce qui nous oblige à sortir précipitamment de nos hamacs : des "Doctores" dans un hamac, cela ne fait pas très sérieux. Mais comme il n'y a pas d'heure de réception définie, la fourchette est très ouverte : entre 8 h du matin - la Doctora est alors en pyjama et pas lavée - et 8 h du soir, du lundi au dimanche, quand nous sommes là. Il peut se passer une semaine entière sans que personne ne vienne, mais un certain dimanche, nous avons compté une bonne douzaine de visites. Nous croulons alors sous des montagnes de délicieux œufs de campagne au jaune orangé, pondus par des poules qui vivent en liberté, ou d'ananas, qui sont les cadeaux le plus souvent offerts (lire Lunita también escribe : "Don Samuel y el enfermito", "La increíble curación de Doña Rosario", "La cancha del pueblo", "Tres Hijas", "Violador").

Pendant que Lunita reçoit, je suis assis devant mon portable : sept après-midi sur sept, j'écris, je lis, je gère le site des NPP, entre autres choses. Comme il a dépassé il y a peu les fatidiques 1,4 megabytes, j'ai trouvé plus commode de transporter le portable entre la finca et notre appartement de Ciudad Dormida où se trouve la connexion à Internet que de transférer son contenu sur diskettes du portable à l'ordinateur de bureau avec les risques que cela impliquait. J'ai même fait les frais d'un Jaz Iomega pour sauvegarder le tout, obsédé comme l'avare par la crainte qu'il arrive quelque chose à mon or.

Nous nous retrouvons pour le téléjournal de 19 heures (lire la chronique "Médias en Colombie : télévision"), après lequel nous dînons en écoutant une émission de musique de l'Université du Cauca, qui a miraculeusement réapparu après des mois de silence : chansons traditionnelles que je peux accompagner grâce à mes chansonniers (lire "Chansons de Colombie : un hommage à Alvaro Dalmar).

L’heure de la guérilla

Il est difficile de parler de ce sujet en plaisantant, bien que l'humour soit encore, dans de telles circonstances, le meilleur remède contre la peur. C'est vers dix-neuf-vingt heures qu'à trois reprises - à notre connaissance -, la guérilla a traversé nos parages de manière repérable, et sans doute beaucoup plus souvent de manière discrète.

La première fois, il y a plus de deux ans et demi, à la fête de San Pedro y San Pablo, un jour férié en Colombie. Un groupe armé est venu dans le corregimiento voisin, et son chef a exécuté un individu à la réputation douteuse, d'un coup de feu dans la tête, à quelques dizaines de mètres de la place principale où se déroulaient les festivités. Nous n'en avons guère su plus à l'époque, n'ayant pas encore établi des relations de confiance avec les gens qui nous entourent, mais il était assez évident que cet antisocial-là avait été dénoncé par quelqu'un qui avait des accointances avec les insurgés.

La seconde incursion date d'environ dix-huit mois. Un autre groupe, arrivé de Ciudad Dormida armé, mais sans uniforme, et sans les bottes de caoutchouc équatoriennes aux semelles jaunes (très bon marché), qui sont la marque indiscutable de l'appartenance à la guérilla pour les gens d'ici - mais aussi celle des paramilitaires, ce qui peut conduire à de regrettables confusions -. Seuls les militaires portent des rangers en cuir noir - dont je rêve, mais où m'en procurer ? -. Certains des membres de ce groupe arboraient eux des chaussures Brahma qui, vu leur prix, sont plutôt le signe distinctif des "hijos de papi" (fils à papa). Il est vrai qu'il y a aussi des imitations bon marché : dans l'obscurité, tout le monde peut se tromper. 

Selon une procédure bien rodée, le chef fait fermer le bureau des Telecom, qui est ouvert normalement jusqu'à 21 heures, place des sentinelles aux diverses entrées du village et fait rassembler tous les habitants du centre de Santa Rosa pour une réunion d'information devant le collège et l'ancien poste de police, évacué avant notre installation, et juste en face de la maison que nous avions failli acquérir (lire la chronique "Comment acheter un petit paradis"). L'essentiel de l'exposé porte sur les conséquences néfastes des politiques du gouvernement en poste pour la classe populaire et la petite paysannerie. Vu l'état d'abandon dans lequel se trouve Santa Rosa sur beaucoup de plans, il y a peu de chance que quelqu'un ne soit pas d'accord avec le discours. En revanche, la même unanimité se fait contre ces visiteurs de mauvais aloi, au vu de la pratique des jours suivants, qui va consister à demander aux propriétaires de véhicules de transport et de magasins de payer une participation aux frais.

Les quelques membres du groupe restés sur place passent sans se presser de maison en maison discuter avec les intéressés du montant de leur contribution, sans exclure le marchandage. C'est ainsi que la veuve du propriétaire d'une chiva, récemment tué dans un accident, a pu faire baisser sa quote-part de 100.000 à 20.000 pesos, comme plusieurs petits épiciers, dont le chiffre d'affaires mensuel n'atteint que quelques centaines de milliers de pesos, sur lequel ils ont une marge nette de peut-être 10 %. 

Alors que Lunita affirme, à l'unisson avec la plupart de nos voisins, qu'il s'agit de délinquants déguisés en guérilleros, il m'apparaît que ce sont plutôt des membres d'une milice urbaine de Ciudad Dormida, chargés de renflouer les finances d'un front. Les voyous colombiens - voleurs, pirates, preneurs d'otages ou racketteurs - ont des méthodes beaucoup plus brutales et ne perdraient pas leur temps à organiser des réunions ou à discuter un rabais avec leurs victimes. Cette conviction m'a amené à me séparer de la bague en or avec rubis de mon grand-père, que je portais depuis sa mort il y a juste vingt ans, de peur qu'un brigand trop pressé ne me coupe le petit doigt, impatient devant mon incapacité à l'extraire rapidement. Le débat n'a jamais été tranché - pas plus que mon petit doigt -, mais nous avons appris à notre retour d'Europe que 3 ou 4 membres de ce groupe avaient été abattus lors d'une échauffourée avec une patrouille de l'armée.

Pendant tout cet épisode, la fille et le gendre de Lunita nous suppliaient de revenir à Ciudad Dormida nous mettre à l'abri. Mais, en partie par curiosité, en partie par refus d'abandonner le bateau à chaque menace de tempête, nous sommes restés pendant la dizaine de jours qu'a duré cette expédition. C'est la première fois que j'ai ressenti de manière aussi aiguë la défaillance du contrat social qui lie les citoyens à l'État, dont le devoir primordial et impérieux est de protéger les biens et l'intégrité des premiers. A quoi sert-il s'il ne le fait pas ? 

Dans une autre situation - les grèves de camionneurs en France, et l'incapacité des différents gouvernements et des forces de l'ordre à y faire face et à faire respecter la liberté de circulation -, j'avais déjà éprouvé une violente irritation : plus pour le principe, car j'avais alors la possibilité d'organiser mes activités et mes déplacements sans que cela me gêne véritablement ; à cause surtout de la discordance qui existe entre les déclarations des hauts représentants de ce même État, si prompts à en revendiquer la grandeur dans d'autres circonstances, et la manière pitoyable de baisser leurs pantalons devant le lobby des transporteurs, qui n'hésite pas, comme les antisociaux colombiens, à prendre en otage toute une population.

Dans le cas qui nous occupe, les choses me paraissent plus graves. En effet, les autorités de Ciudad Dormida étaient au courant de notre calvaire. Un groupe du Departamento Administrativo de Seguridad (DAS) dont les membres portent un uniforme noir et sont armés, était venu en reconnaissance au bout de quelques jours, mais comme par hasard par un autre chemin que celui emprunté par les guérilleros. Ils sont vite repartis, sans obtenir aucune information de la part des quelques personnes qu'ils ont interrogées, même quand celles-ci avaient été victimes du racket : une chose est d'être privé injustement de quelques dizaines milliers de pesos, autre chose est d'y perdre la vie. Après cette brève incursion, nous n'avons plus entendu parler des nombreux services chargés de la protection des citoyens et notre équipe de collecteurs de fonds a tranquillement terminé son travail, sans nous importuner. J'avais fini par céder aux instances de Lunita et avait caché le 4 x 4 derrière la maison. Cela me paraissait inutile du fait que les guérilleros devaient être parfaitement au courant de notre présence et la raison pour laquelle ils ne sont pas venus nous voir restera un mystère jusqu'à nouvel avis.

La troisième visite des guérilleros date de quelques semaines en suivant exactement le même scénario, bien que le thème de la réunion ait porté sur un autre sujet : "vamos a limpiar la comunidad de esos bichos y también de los sapos" (nous allons nettoyer la communauté des "bichos" - mot qui signifie bestiole, ou "type" comme dans "malo bicho", sale type - et aussi des "crapauds" - mouchards -). En outre, précision rassurante pour les possédants, le conférencier indique que quelqu'un qui a un million de pesos n'est pas riche et que la guérilla n'a pas l'intention d'exiger quoique ce soit en échange du service qu'elle va apporter à la demande de certains membres de cette même communauté.

La réunion terminée, quelques guérilleros puissamment armés se dirigent vers une maison, frappent à la porte, extraient de son lit un individu qui s'y était terré, réquisitionnent un véhicule et son chauffeur, y montent avec lui et l'emmènent sur le chemin qui passe devant chez nous. Arrivés au grand virage qui marque la fin de notre vereda (voisinage), ils le font descendre et, sans autre forme de procès, l'un d'eux lui tire une balle d'arme de guerre dans la tête, qui lui fait exploser le cerveau, comme nous le racontera, à notre retour de Ciudad Dormida, Rafael, qui aime fournir des détails réalistes sur les dépouilles mortelles des victimes de meurtre qu'il voit de ses propres yeux.

 Il n'est pas le seul : beaucoup de gens sont allés regarder le cadavre, qui n'a pas eu les honneurs d'une levée de corps par les soins de la Fiscalía, celle-ci ayant jugé inutile de se déranger. Sous quelle rubrique cette mort sera-t-elle enregistrée par un corregidor peu désireux d'avoir des ennuis avec la guérilla ? Cela me fait douter une fois de plus de la validité des statistiques de la violence dans ce pays, lesquelles ne tiennent qu'un compte approximatif des décès et de leurs causes. Comme du reste des naissances qui ne sont souvent enregistrées, dans la campagne profonde où nous vivons, que des années après qu'elles se soient produites, par exemple, quand la famille a réuni les moyens d'organiser une grande fête de baptême ou que l'enfant va entrer à l'école.

 Nous nous étions déjà douté que quelque chose s'était passé en notre absence, car un graffiti tracé sur une façade bien en évidence dans le village, annonçait le passage des "Comuneros del Sur", un nom qui évoque les révoltes populaires de la fin du 18e siècle, dans ce qui était alors le Vice-Royaume de la Nouvelle Grenade.

Pourquoi une telle exécution sommaire ? Réponse au paragraphe suivant.

L'heure des voleurs

L'an passé, à la fin du mois de novembre, entre minuit et une heure, avant le départ de la première chiva, les restaurants scolaires de Santa Rosa et de plusieurs veredas avoisinantes sont cambriolés : les malfaiteurs emportent non seulement les vivres qui s'y trouvaient, mais aussi les bouteilles de gaz, les réchauds et tout ce qui leur tombe sous la main. Cela ne fait pas des millions de pesos, mais oblige des parents pour lesquels il est difficile d'en trouver 1500 à réunir cette somme afin de racheter ce qui a été dérobé. 

Ce n'est cependant qu'une première alerte. Au fil des semaines qui vont suivre, et pendant plus de deux mois, ce ne sont pas moins d'une trentaine de cambriolages qui vont être commis, y compris dans les maisons de ces Messieurs de Pasto, mais à l'exception de la nôtre et de celle de notre voisin Rodolfo, toutes deux sous la surveillance de Rafael, qui, armé d'un fusil, effectue des rondes nocturnes. D'autres propriétaires les vident préventivement de tous les objets de valeur. Nous finissons par apprendre qu'il s'agit d'une bande d'une quinzaine de "basuqueros" - consommateurs de basuco, une pâte de cocaïne de mauvaise qualité - dirigée par un certain Julio, qui terrorise les gens en les menaçant avec un pistolet et en leur tirant parfois dessus ou en violant les femmes.

Par crainte d'un traitement pire encore, la plupart des victimes de cambriolages ne portent pas plainte, ce qui fournit un prétexte en or aux multiples services de police de Ciudad Dormida, dûment avertis, pour ne rien faire. Comme toujours dans ces cas-là, enhardis par l'impunité,  les membres de la bande passent à l'échelon supérieur et se lancent dans l'extorsion auprès des propriétaires de bus escaleras. C'est l'un d'eux qui va faire appel aux Comuneros del Sur pour régler - à sa manière brutale, mais efficace à court terme - cette affaire que je trouve exemplaire pour démonter un de mécanismes de la violence en Colombie.

Si l'État, représenté par ses différents bras armés et la justice, était intervenu rapidement, non seulement l'intégrité des biens et des habitants de Santa Rosa aurait été respectée, mais les coupables de ces délits auraient été arrêtés et jugés, en fonction de leur degré de responsabilité. En abandonnant son premier mandat de protection, en renonçant à l'exercice de la police et de la justice, l'État crée une situation de non-droit qui pousse les nombreuses victimes de délits ou de crimes à se tourner vers des acteurs privés, que ce soit eux- mêmes, la guérilla dans le cas que je viens d'évoquer ou les paramilitaires dans le cas des éleveurs, des grands propriétaires ou des industriels. Ces vengeurs improvisés exercent bien une forme de justice, mais primitive, hâtive, excessive, disproportionnée, propre à pousser les délinquants vers des actions désespérées et donc à augmenter encore le niveau de barbarie. C'est pourquoi il n'est pas exagéré d'avancer qu'une des principales causes de la perpétuation de la violence en Colombie réside dans la carence de l'État.

Qu'est-ce que les différents acteurs de cette histoire ont appris ?

    Les habitants de Santa Rosa :
  • qu'une fois encore, ils ne bénéficient d'aucune protection de la part de ceux qui sont pourtant payés pour l'assurer ;
  • qu'en dernier recours, la guérilla peut apporter la solution à leurs problèmes, à celui-ci ou à d'autres : en un seul coup de feu, elle vient de gagner l'adhésion des quatre ou cinq millle habitants de la région et de renforcer leur réticence à collaborer avec les forces de l'ordre, améliorant son implantation dans la population ainsi que l'efficacité de son combat ;
  • qu'une justice respectueuse des droits des délinquants et démocratique n'existe pas et que le recours à la violence extrême est adéquat pour régler un problème essentiellement social, celui de l'absence de formation et du sous-emploi des jeunes ruraux ;
  • ceux-ci vont s'embaucher en désespoir de cause comme "raspachines" (ramasseurs de feuilles de coca) dans le département voisin du Putumayo, avec un salaire dix fois supérieur à ce qu'ils peuvent gagner honnêtement ici et ils en ramènent aussi l'habitude de s'adonner à la drogue, un problème qui devient au moins aussi important que celui de la production de stupéfiants, bien que tout se passe comme si les autorités et les citoyens colombiens ne voulaient pas le savoir.

    Les délinquants :
  • ils ont appris, eux, que le jeu en vaut la chandelle : certes, l'un d'entre eux a payé de sa vie, dans les circonstances que j'ai décrites plus haut, mais les treize autres s'en tirent sans aucune sanction, et l'instigateur a miraculeusement échappé au châtiment, du fait qu'une grave maladie,  une séquelle probable de sa toxicomanie, l'a conduit à l'Hôpital de Ciudad Dormida le jour même de l'intervention de la guérilla ;
  • que rien ne les empêche vraiment de recommencer à la prochaine occasion, lorsque les choses se seront calmées.

(Pour plus d'informations sur la guérilla et l'histoire de la violence en Colombie, lire les trois notes de lecture intitulées "Nouvelles de la violence : "L'État inachevé", "Bandoleros, gamonales y campesinos", "Colombie, guerre de fin de siècle".)

D'autres pages qui ne doivent pas mourir

Après cet exercice publicitaire de haut vol, quels sont les textes des NPP qui n'ont pas été mentionnés jusque-là et méritent pourtant une visite de votre part ?

Les deux plus anciens d'abord :

  • La chronique "Les premières impressions d'un gringo au Macondoland", le récit de mon arrivée à Ciudad Dormida et de ce qu'il faut bien appeler ma déception, laquelle n'a, il faut le dire, aucune raison de cesser d'exister. Je crois être l'inventeur de l'expression "Macondoland", qui ne m'a pas coûté de grands efforts d'imagination : simplement me souvenir qu'il y a 30 ans, j'avais découvert avec émerveillement et presque en même temps Disneyland et "Cent ans de solitude". Mais enfin, si je ne l'étais pas, je renoncerais sans regret à cette revendication futile de paternité.
  • La note de lecture "Un voyageur anglais chez les Français" comprend des extraits d'un livre de voyage du 18e siècle, en anglais, parce que j'avais la flemme de le traduire. J'ai trouvé très savoureuses l'ingénuité de son auteur et la brutalité de ses préjugés envers les Français ou les Niçois, en espérant sincèrement que je n'en manifeste pas de pareils dans mes appréciations sur la Colombie et les Colombiens.

    Plus récemment, deux chroniques dont je suis plutôt fier :

    • "Novembre, le mois des reines", décrit un trait important de la société et de la culture colombiennes : l'élection de reines de beauté dans toutes sortes de contextes.
    • "Hommes et femmes" est une approche partielle et partiale des relations entre les deux sexes en Colombie, mais j'ai la faiblesse de croire que j'ai touché d'assez près des vérités essentielles sur ce sujet.

    Dans la rubrique Ligne d'horizon, deux textes, dont le premier devrait devenir un "must" pour tous les non-Colombiens qui envisagent de faire un séjour dans le pays :


    Le second offre une brève réflexion sur la représentation dans les médias de la réalité d'un pays qui subit la guerre civile, et ce que représente la vie quotidienne dans un tel pays :

    Il ne manque plus que les deux notes de lecture sur les enfants colombiens, un peu trop spécialisées à mon goût, mais qui offrent pourtant des perspectives intéressantes sur les nouvelles générations :

    Mars 2000

    (Suite : Une terre de tradition)

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