Nouvelles du Petit Paradis en Equateur

La vie quotidienne dans le nord des Andes équatoriennes


L'album de photos du Petit Paradis en Equateur

Environs du Petit Paradis : Maisons et églises

(Cliquez sur la vignette pour agrandir la photo)


Ancienne habitation indienne Maison en terre Appareil à construire les murs en terre Détails de construction
Maison de campagne façade nord Maison de campagne façade sud Voûte en briques La suite des vignettes
se trouve
à la fin du texte.


 

(Le Petit Paradis est situé à San Antonio de Ibarra, Imbabura, Equateur.)

La promité d'une ville moyenne entraîne des changements rapides dans notre environnement, sous l'angle des constructions. Ce ne sont pas moins de six maisons individuelles qui ont été édifiées sur les bords du chemin qui mène à la nôtre, en environ dix-huit mois.

Ancienne habitation indienne
[Cette illustration est tirée du livre "Tradiciones de Imbabura" de Segundo Obando, Ediciones Abya-Yala Quito 1988]
Bien que nous vivions dans l'espace géographique occupé autrefois par la tribu indienne des Natabuelas, je n'ai jamais trouvé, au cours de mes pérégrinations, une seule construction ou un seul toit de paille qui ressemble à ceux de la gravure.

Maison en terre
Il s'agit d'une des rares fermes à deux étages encore habitées. Il n'y a aucune fenêtre sur les trois côtés du bâtiment et toute la vie de la maison, animaux compris, se concentre sur le patio, ouvert sur le quatrième côté, autant pour des raisons de sécurité et de contrôle que pour lutter contre le froid relatif, en particulier la nuit.
Je ne sais pas exactement à quelle époque les maisons en terre ont remplacé les huttes indigènes, et les tuiles romaines, les toits de paille. Pour ces dernières, probablement vers le milieu du 20e siècle. Ce qui est certain, c'est que malgré les avantages des maisons en terre, celles-ci tendent à être abandonnées ou sont complétées par des constructions en moellons de ciment qui les défigurent.
Quels sont ces avantages ? Le coût très bas tout d'abord. Avec un appareil comme celui qui figure dans la page "Paysages", on peut construire une maison de deux niveaux, en utilisant des poutres d'eucalyptus pour la charpente. Ensuite, une excellente isolation thermique et acoustique, largement supérieure à celle des moellons déjà cités. Enfin, la possibilité d'enduire les murs extérieurs et intérieurs pour une meilleure protection contre l'humidité, pour faciliter l'entretien ou pour la décoration.
Comme la construction d'un mur élevé est malcommode, les paysans ont fait des moules qui leur permettaient de produire des briques de terre qu'ils collaient avec de la boue. La substitution des briques de terre par les moellons en ciment était annoncée pour des raisons plus culturelles que pratiques : les paysans ont eu honte de vivre dans des maisons de pauvres, considérées à tort comme moins hygièniques et moins solides. Comme le ciment coûte relativement cher, les parois extérieures de la maison ne sont pas tout de suite recouvertes d'un enduit. Le propriétaire finissant par s'habituer au spectacle de sa maison pas finie, elle reste telle quelle pour toute l'éternité. Et comme il y a plus de maisons pas finies que finies, ce sont les premières qui établissent le critère de la normalité.
Cela ne joue pas en ce qui me concerne, je continue à trouver les maisons de moellons pas finies une offense contre l'esthétique, le bon goût et le paysage, mais je suis prêt à reconnaître que convaincre les paysans de revenir à leur mode de construction traditionnel est une entreprise désespérée.

Détails de construction
Pour éviter que la pluie et le vent ne creusent les joints des blocs de terre, ce constructeur y a placé de petites pierres. Notez également le décalage des joints verticaux qui augmente la stabilité de l'ouvrage.

Une résidence d'été ?
Il n'y a pas d'haciendas dans les environs de Petit Paradis. Je ne sais pas s'il y en a jamais eu ou si elles ont disparu après la réforme agraire de 1964, qui a donné le coup de grâce à ceux des grands propriétaires terriens qui n'ont pas su se reconvertir. Cette maison en ruines, qu'on appeleraìt de maître en France, est suffisamment ancienne pour qu'on y retrouve appliquées les méthodes traditionnelles de construction : murs de terre enduits de ciment, décorés de briques, charpente en eucalyptus et guadua, plafonds de joncs tressés, toit de tuiles romaines. Comme les gens du voisinage s'intéressent peu au passé, personne n'a su m'expliquer pourquoi elle a connu une telle décadence, mais tout le monde dit que c'est un lieu de rencontre pour les drogués du coin, à ne pas fréquenter la nuit ou le week-end. La terrasse avec colonnade évoque le style du sud des Etats-Unis. Peut-être appartenait-elle à un riche Ibarrénien qui souhaitait profiter d'un peu de fraîcheur pendant les mois d'été.

La quinta Rosita de San Francisco
me fait aussi rêver : qui était-elle, cette Rosita ? Comme je n'ai pas une âme de détective privé, je n'ai trouvé aucune piste sur son identité et sa probable beauté ou fécondité, et à moins d'un hasard favorable, je le saurai jamais. Par contre, dans une des cours intérieures, fleurit une unique rose rouge (rosita), qui, j'en suis sûr, est un hommage à l'ancienne propriétaire. L'entrée n'en est pas interdite. Comme l'autre maison, cette quinta - maison de campagne jointe à une exploitation agricole - est abandonnée, mais pas totalement, puisque son propriétaire actuel nettoie le terrain et taille le rosier.

A quelques dizaines de mètres de là, se trouve un réservoir d'eau, qui dessert une communauté sise plus bas. Une construction modeste, qui n'a rien à voir avec les châteaux d'eau des plaines françaises. Point besoin de pompe pour obtenir de la pression. L'eau qui descend du volcan est canalisée et stockée dans la citerne, à mi-pente. Et pour traverser les "quebradas", il suffit de tendre un câble d'acier pour soutenir le tuyau d'alimentation.

Four à briques Loin de toute habitation, mais proche d'un bois d'eucalyptus, j'ai découvert ce four à briques en ruines, de bonne facture, beaucoup moins primitif que ceux que l'on trouve encore aujourd'hui dans le département de Nariño voisin.

Manoir à l'équatorienne
Il se trouve que j'en connais le propriétaire, qui a fabriqué certains de nos meubles. Manuel, policier à la retraite, a installé dans la cour de sa maison un atelier de menuiserie, comme de nombreux habitants de cette région. L'alternative est une machine à coudre, le travail du bois et la production de vêtements constituant les deux activités les plus communes ici.
Par ailleurs, les Equatoriens sont fascinés par les constructions de prestige comme celle-ci. Alors qu'il l'a commencée il y a vingt ans et que seul le rez-de-chaussée est habitable, notre ami policier a ajouté deux étages supplémentaires, mais le cumul de sa retraite et des revenus de son atelier ne suffit pas pas à dégager les moyens nécessaires à l'achèvement des travaux, qui dureront ving ans encore ! D'innombrables maisons non terminées jalonnent les villes et villages et me font le même effet que les moellons non enduits.
Le phénomène a été accentué par l'émigration récente d'environ un million d'Equatoriens, principalement aux Etats-Unis, en Espagne et en Italie. Les mensualités qu'ils envoient à leur famille restée au pays servent à la survie de celle-ci dans la conjoncture économique défavorable que nous connaissons en ce moment, mais aussi à construire un chez-moi plus représentatif, lorsque l'heure du retour sonnera. Les souffrances endurées lors de l'exil seront amplement compensées par la satisfaction de vivre dans un manoir, même inachevé.

Chapelle de La Cruz
Malgré son caractère modeste, elle joue un rôle spécial dans ma géographie sentimentale. Impossible de la prendre de face, le curé électrificateur a fait planter un poteau sur le porche, sans penser qu'un jour un visiteur pourrait vouloir la photographier. Je ne me résigne pas à cette indifférence et j'ai cherché un angle qui lui restitue un semblant d'intégrité.

Eglise de Los Ovalos
Elle n'est pas particulièrement attractive et ne mériterait pas une photo si l'Imbabura ne lui créait un arrière-plan somptueux. L'impeccable état d'entretien de l'église et de la maison du curé (à droite) contraste avec l'état de délabrement de la plupart des maisons paysannes.

Eglise de Natabuela
Là encore, un poteau électrique défigure l'entrée principale. En outre, elle est en réfection. Ces circonstances adverses m'ont amené à photographier l'église depuis la place principale, qui est presque toujours, en Equateur, un jardin public bien aménagé et entretenu, les autorités la considérant comme la carte de visite de la localité, si petite soit-elle.

Oratoire
Il m'arrive de temps en temps, au coin d'un chemin, de passer devant une petite chapelle, construite par un propriétaire privé ou le Comité du quartier. Celle-ci est dédiée au Christ.

Colonnade Quinta Rosita Vue d'ensemble Ecriteau Rose rouge
Entrée Grange abandonnée Cour intérieure
Tube suspendu Chapelle du quartier La Cruz Eglise du quartier Los Ovalos Eglise et place de Natabuela
Oratoire

6 octobre 2003

Voir également :

"Environs du Petit Paradis :
Paysages"

"Environs du Petit Paradis : Un pont qui se fait attendre"

"Environs du Petit Paradis : Les gens et les bêtes"

"Environs du Petit Paradis : Le "Cortège de la joie" des fêtes patronales de San Antonio de Ibarra"

"Environs du Petit Paradis : Le mendiant de San Antonio de Ibarra"



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